Images Aléatoires

Jeudi 17 juillet 2008
Le rythme de croisière est pris; le tiers du festival sera passé ce soir.

Distribuer des tracts le matin demande toujours quelque énergie nouvelle et une adaptation au parcours des festivaliers. Cela requiert aussi d'accepter les nombreux refus de gens saturés par la distribution massive de prospectus en tout genre. Une école de l'humilité permanente.
On commence d'ailleurs à voir les prémisses de découragement chez les compagnies dont les spectacles ne démarrent pas fort; on se rassure les uns les autres sur l'hypothétique venue massive de spectateurs avec le week-end qui approche mais au fond les choses sont déjà en place.

Pour nous, sans être exceptionnelle, la fréquentation est constante : une vingtaine de personnes par représentation, et majoritairement des spectateurs qui sont heureux d'avoir vu le spectacle  et émus de ce qu'ils ont vu. Ils félicitent - à juste titre - la performance de la comédienne, Estelle, qui chaque jour trouve les ressources pour ré-inventer cette histoire d'amour et d'imagination débordante d'une femme sensible.
Aujourd'hui, nous avons tous croisés en distribuant des tracts et pour la première fois des gens qui ont entendu parler de notre spectacle en bien et pensent venir. Le bouche à oreilles fonctionne donc !
Et c'est rassurant.
Cela devrait présager d'une bonne deuxième semaine de festival mais ne jurons de rien. Il faut continuer les efforts tout en restant endurant car le marathon comporte encore 16 jours. D'ailleurs, au sein de notre théâtre, les quelques compagnies qui ont un peu faibli dans leur affichage et leur distribution de tracts l'ont payé ces deux derniers jours avec une fréquentation en net recul.

Mais bon, nous voilà aussi installé dans un rythme qui nous convient et nous sentons maintenant la possibilté d'aller voir d'autres spectacles et de nous intéresser enfin aux travaux des autres compagnies.
Cela sera sans doute une bonne bouffée d'oxygène !
par Vincent publié dans : et-soudain-plus-rien
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Mercredi 16 juillet 2008
Pour ceux qui imagineraient que poser des affiches pour promouvoir son spectacle est une affaire qui roule, voici quelques photos pour rétablir la vérité !!!

Ici, mille spectacles se bousculent dans le festival Off et ce sont donc autant d'affiches minimum qui flottent au vent dans les rues de la vieille ville.
Il faut alors redoubler de vigilance pour trouver un emplacement où poser ses affiches et parfois, c'est au prix d'un peu d'escalade qu'on parvient enfin à faire trôner fièrement l'annonce de notre spectacle.





par Vincent publié dans : et-soudain-plus-rien
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Vendredi 11 juillet 2008
Ici, les jours se suivent et se ressemblent.
Lever, distribution de tracts, déjeûner, se rendre au théâtre, jouer, boire un verre, préparer des affiches, manger, aller accrocher les affiches dans la ville. Vers 1h du matin, extinction des feux, épuisés.
Dans le peu de temps libre qui reste, j'essaie de résoudre les quelques galères que nous rencontrons : pénurie de ficelle à Avignon pour accrocher les affiches, résoudre l'oubli impardonnable de l'horaire sur les tracts (nous avons acheter 10 000 étiquettes autocollantes que nous adjoignons au tract...), bref une course dans Avignon pour les achats divers et variés.

Mais hier, jeudi 10 juillet, le jour était un peu différent puisque c'était notre première.
La veille, nous avions ouvert notre répétition générale au public afin qu'Estelle prenne la mesure de la présence de ce partenaire avec lequel elle doit jouer. L'accueil avait été un peu étrange, une belle écoute mais aussi un peu de froideur distante et nous ne savions pas quoi penser. Cela avait surtout permis de constater que le parcours d'Estelle sur le plateau était précis, honnête et qu'il ne manquait plus qu'à trouver la liberté dans le jeu qui est souvent absente lors du premier passage en public, à cause de la tension et du trac.
Pour notre première, nous avions décidé de continuer à proposer l'entrée libre au public. Il y a encore peu de monde à Avignon pour le festival et il faut lancer aussi le bouche à oreille. Nous avions une dizaine de réservations et lorsque nous sommes allés distribuer les tracts, nous avons axé notre communication sur la gratuité et l'offre promotionnelle du week-end (une place achetée, une place offerte) et déjà, il était bon de constater que plusieurs personnes avaient remarqué l'affiche et avaient déjà décidé de venir au spectacle.

A 16h45, ce sont 57 personnes qui se sont pressées à notre spectacle !
Estelle est entrée sur scène et tout de suite, elle a pris la bonne mesure avec le public et s'est libérée très vite de son trac pour donner 1h15 d'un spectacle beau, émouvant, profond, drôle, et les applaudissements l'ont ensuite récompensée chaleureusement de ce qu'elle venait de donner.
Pour une première, rien ne pouvait être plus prometteur.

Désormais, il faut continuer nos efforts.
Je m'attends à ce qu'il y ait moins de monde aujourd'hui. Nous sommes vendredi et tout le monde s'accorde pour dire que le festival ne commence vraiment que le premier week-end.
J'ai hâte de ce deuxième rendez-vous public et je l'appréhende en même temps. Mais déjà, déjà nous avons rencontré notre public, hier, et de savoir que notre travail a été bien reçu, déjà ces longs mois de travail pour produire ce spectacle sont un peu justifiés.

To be continued...
par Vincent publié dans : et-soudain-plus-rien
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Mercredi 9 juillet 2008
Dimanche 6 juillet, soir.
L'orage redouté, signe d'annulation du spectacle, est derrière nous et une foule s'amasse devant le Palais des papes aux alentours de 22h.
Dès l'entrée du public, sur scène, une vingtaine de touristes, audioguides en main, semblent écouter l'histoire du lieu, de ces murs anciens où le spectacle va se tenir, se tient déjà puisque ces personnes-là sont déjà en représentation.
Déjà, déjà on interroge la représentation, le fait d'être en représentation dans un lieu qui n'est pas construit pour cela. Le public finit par entendre la voix de l'audioguide et les informations qur l'histoire du Palais des papes.
Le plateau se vide.
Un homme entre, se place au centre du plateau, regarde le public et dit : je m'appelle Roméo Castellucci, puis se retourne et va mettre un vêtement de protection comme en revêtent les dresseurs de chien. Et pendant le même temps, sept chiens entrent, agités, tenus en laisse par leur maître qui les accrochent à des chaînes fixées au sol. Ces chiens aboient vigoureusement en regardant Roméo mettre son costume de protection. Enfin, lorsque Roméo est habillé, trois chiens jaillissent des coulisses et se ruent sur lui, le premier se jette sur son avant-bras et fait tomber Roméo au sol. les deux autres chiens se ruent alors sur son mollet et sa cuisse. Pendant plusieurs minutes, les chiens vont s'acharner comme cela tandis que les sept enchaînés continuent d'aboyer sous le ciel étoilé du Palais des papes.
Avec une incroyable simultanéïté, tous les chiens vont cesser de mordre et d'aboyer et quitter le plateau ensemble, Roméo va ensuite être recouvert d'une peau de chien et un homme en caleçon va ensuite s'emparer de cette peau de chien avant d'escalader à mains nues la façade du Palais. Voilà les premières minutes, avant que ne se succèdent, pendant 2 heures des images incroyables.

Des images qui tissent progressivement un propos sur la transmission, la part d'obscurité lié à celle-ci, et qui conduisent, comme Dante avant Roméo, dans l'Enfer des vices contemporains tout en s'interrogeant sur la place de l'artiste, son rôle, son positionnement dans une cosiété telle que la nôtre.
Evidemment la figure de Warhol apparaît, évidemment elle est mise en crise, sans aucun didactisme, simplement comme un constat que la société produit les artistes dont elle a besoin, et les artistes qu'elle mérite.
Un grand moment.
Bien sûr, et comme ce n'était que la 2e représentation et qu'une machinerie comme celle du Palais des papes a besoin d'être rôdée, il y avait quelques problèmes de rythme et de fluidité dans l'enchaînement des images mais c'était un grand moment de spectacle, improbable au sein du Palais des papes, iconoclaste, subversif et profondément interrogateur.

Je suis déjà désespéré de ne pouvoir assister à Purgatorio, le 2e volet, car l'horaire chevauche celui de nos représentations mais j'ai hâte d'aller voir Paradisio, une installation-performance qui a lieu dans une église.

Gloire à la Societas Raffaello Sanzio !

par Vincent publié dans : et-soudain-plus-rien
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Dimanche 6 juillet 2008
Jour 1 : samedi 5 juillet
Levé à 6h30 pour un départ de Lyon vers 8h du matin, nous avons le bonheur de constater que le décor et nos immenses valises tiennent intégralement dans les deux voitures que nous avons. Youpi ! En route pour la joie !
La joie est de courte durée puisque - départ en vacances oblige - le trafic de l'autoroute qui conduit à Avignon est déjà très dense. Premier bouchon de 25km à hauteur de Valence, puis un second de 13km (petit joueur !) à hauteur de Montélimar.
Nous arrivons en sueur mais heureux de sentir le sud tout autour de nous. Une halte au théâtre pour débarquer le décor puis nous allons découvrir les deux petites studettes louées pour l'occasion. Petites, elles feront bien l'affaire et nous sommes ravis de poser enfin nos valises.
Dès la fin d'après-midi, nous partons en quête d'une denrée primordiale à Avignon, les cartons ! Car pour pouvoir afficher dans la ville, il faut que les affiches des spectacles soient collées sur des cartons et attacheés ensuite à l'aide de ficelles sur les emplacements que la ville autorise comme support.
La récolte est fructueuse et nous permet de préparer 30 affiches que nous  accrocherons le soir, lorsque le soleil radieux aura gentiment décidé d'aller se coucher et que la température sera plus clémente pour nos petits organismes fatigués.
Minuit trente, il est temps d'aller boire une bière bien méritée et de s'effondrer sur son lit ensuite.

A noter : mes anciens camarades de promo, qui présentent leurs travaux dans le IN, avaient leur première le soir même, mais impossible d'y aller, la jauge était trop petite et trop de monde s'était bousculé à cette première. Un petit pincement au coeur, malgré tout, malgré la certitude d'avoir fait le bon choix lorsque j'ai décidé de partir, un petit pincement au coeur de ne pas être avec eux, avec ceux avec qui j'ai grandi artistiquement, avec qui j'ai vécu une partie de l'expérience unique qu'ils ont décidé de poursuivre ensemble.


Jour 2 : dimanche 6 juillet
Journée orageuse à Avignon. Ce n'est pas anodin car ce soir nous espérons aller voir INFERNO de Roméo Castellucci dans la Cour d'honneur du Palais des papes. Orage, ô désespoir !
Je prie Sainte-Rita que le spectacle ne soit pas annulé...
Sinon, notre vie s'organise autour des activités pré-festival : recherche de cartons, puis découpe de ceux-ci, puis collage d'affiches. 55 en tout pour aujourd'hui. Comme hier, nous allons attendre la fin de journée pour silloner la ville à la recherche d'emplacements libres, car si le festival OFF n'a pas commencé, beaucoup de compagnies sont déjà là et ont, elles aussi, lancé leur campagne d'affichage. En deux jours, nous avons déjà cette sensation que c'est un travail de Sisyphe qui nous attend : chaque jour recommencer l'affichage, les mêmes gestes, pour un résultat qu'on ne peut pas évaluer. Notre affiche est perdue au milieu des affiches des 900 autres spectacles mais il faut quand même qu'elle y soit.
Une bouteille à la mer.
Mais sans cette bouteille, point d'espoir.



par Vincent publié dans : et-soudain-plus-rien
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Lundi 30 juin 2008
La dernière ligne droite avant Avignon, voilà où j'en suis !
Et je ne sais pas si géographiquement cela est vrai mais cette ligne droite entre Paris et Avignon passe aujourd'hui - et pour une semaine - par Lyon.
Le décor a, en effet, été conçu à Lyon et Estelle, la comédienne, et moi, découvrions aujourd'hui pour la première fois la scénograhie que nous n'avions jusque-là aperçue que grâce aux photos que la scénographe nous avait fait parvenir.
C'était un beau moment que celui où nous avons progressivement construit l'espace réel dans lequel nous allons jouer. L'image scénique prenait forme devant nos yeux, avec tout ce qu'elle peut receler de symboles encore à découvrir et qui nous échapperont peut-être longtemps, avec toutes les possibilités qu'elle crée, les passerelles de sens entre le texte et le jeu de la comédienne...

Il nous reste une dernière semaine de répétition avant de nous plonger dans le bain du festival. Le samedi 5 juillet au matin, nous prenons notre décor, nos affaires et notre courage, et tout cela dans nos deux petites mains, nous les amenons à Avignon avant la grande première qui aura lieu le jeudi 10 juillet à 16h45.

Cette dernière semaine de répétition est possible parce que le théâtre est une véritable aventure collective, une histoire de rencontres importantes et réussies, et quand je parle d'aventure collective, je ne veux pas simplement parler du travail de création en amont des représentations ni même seulement du travail des représentations entre des partenaires sur scène.
Non.
C'est aussi une aventure collective car il faut beaucoup d'entraide pour réaliser un projet théâtral, il faut la foi et le désir commun de théâtre, c'est nécessaire mais ce n'est pas suffisant et "Vingt-quatre heures d'une femme sensible" ne verrait pas le jour aujourd'hui sans l'aide précieuse et le soutien de plusieurs personnes que je voudrais remercier ici, en les nommant, afin qu'il sache qu'ils participent entièrement à l'aventure collective qui nous amène, Estelle, David (le créateur son), Tiphaine (la scénographe), Mélanie (la régisseuse) et moi au Festival d'Avignon 2008.

En premier lieu, mes remerciements s'adressent à Annie Bealem qui nous a fait découvrir l'oeuvre de Constance de Salm, puis à Charlotte Bealem, Nicolas Parneix et Frédérique Muyl, qui d'une façon très concrète, ont été les premiers producteurs du spectacle et ont ainsi permis que nous commencions à rêver d'Avignon.
Une fois le rêve lancé, Gérard Schembri a ajouté l'aide de l'ENSATT qui a permis au projet d'être professionnel et son soutien, pour le jeune diplômé que j'étais alors, fut une reconnaissance qui m'a donné une confiance supplémentaire, et je le remercie ainsi que Marie-Jo Schembri qui a mis en oeuvre toutes les procédures administratives avec une gentillesse et une patience réconfortantes pour le jeune directeur de compagnie de théâtre que je suis.
Il y a une personne particulière, sans qui, vraiment et même si cela fait cliché de le dire, ce spectacle n'aurait pas vu le jour ou alors beaucoup plus difficilement, c'est Djamel Médiouni, qui a mis généreusement l'Ecume-bar à notre disposition permanente pour répéter chaque fois que nous le souhaitions, et je le remercie profondément pour cette générosité simple et sincère.
Bien entendu, Sarah Nouioua, la présidente de la compagnie, mérite des remerciements chaleureux pour la patience et la foi dont elle continue de faire preuve à chaque nouvelle signature qu'elle doit aposer à un document.
Tous mes remerciements et mon respect artistique s'adressent chaleureusement à la Compagnie des sept soeurs, une compagnie amie, qui accueille notre dernière semaine de répétition, et je voudrais témoigner toute mon affection à David Mambouch et Laure Giappiconi qui sont très précieux dans mon parcours.
Précieux aussi Olivier Borle, Félicité Chaton et Cyrielle Voguet qui ont accordé leur temps à notre travail pour donner des retours à une étape où nous en avions besoin.

C'est fort de vous tous que nous allons à Avignon !



par Vincent publié dans : et-soudain-plus-rien
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Mercredi 11 juin 2008
Il y a quelques jours, Daddy Moanda Kamono, un ami comédien, vient me voir à l'impromptu pendant un cours que je suis en train de donner à l'École Florent.
Outre la joie que j'éprouve à le retrouver, je suis surpris de le voir là et nous prenons quelques minutes pour sortir discuter. De passage à Paris, il veut simplement me proposer du travail !!!

Une de ses connaissances, chorégraphe de Hip Hop, cherche un metteur en scène pour sa prochaine création "L'esprit souterrain" qui sera à la fois un travail autour de plusieurs danseurs mais aussi avec une comédienne; et c'est là qu'on a peut-être besoin de ma présence et de mon travail.
Je rencontre alors Anne Nguyen qui m'expose son projet et l'étape de travail où elle se trouve actuellement. Nous parlons de son travail, de l'esthétique qu'elle recherche et du propos qu'elle défend, et tout dans sa démarche me ramène à la mienne, je tisse facilement des parallèles entre les interrogations qu'elle a face aux danseurs et celles qui me traversent lorsque je suis avec des comédiens.

Bref, me voilà lancé le temps d'une semaine de résidence, dans un travail tout nouveau et passionnant : L'esprit souterrain.

Je me plonge dans un univers que je connais pas, celui du hip hop, de l'esprit underground, d'un mouvement culturel né il y a 40 ans. Je m'abreuve à une nouvelle source.

Cela tombe d'autant mieux que depuis quelques semaines, après avoir vu un spectacle de danse au Centre National de la Danse, j'avais éprouvé l'envie de travailler avec des danseurs, dans un univers où les corps sont légers et où le sens les traversent comme une évidence loin de toute parole clichée.

par Vincent publié dans : et-soudain-plus-rien
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Vendredi 6 juin 2008
Au sein de la société, il me paraît sain de s'interroger sur la fonction du métier qu'on entreprend de faire toute sa vie.
Tout est parti de l'interview d'une grande universitaire française qui expliquait qu'elle considérait qu'elle avait beaucoup de chance car elle était payée pour penser. Son métier consistait à être une intellectuelle, et sa fonction était de réfléchir à certains problèmes, de passer son temps à résoudre l'énigme théorique posée par des concepts nouveaux ou anciens, etc... bref à faire avancer l'hstoire des idées et par-là même, l'histoire de l'homme. Elle le fait pour ceux qui n'ont pas le temps de le faire, ni le savoir-faire adéquat, de même que les artisans ou les ouvriers ont une fonction de production, de création, de construction, que les intellectuels seraient bien incapables d'assurer. Toutes ces fonctions sont nécessaires à la société, à son mécanisme.

Mais le comédien, à quoi sert-il dans cette société ?

Il y a, bien évidemment, celui qui se considère comme un artisan. Celui-là a donc la même fonction qu'un artisan : produire un objet qui a une utilité ou qui procure un plaisir.
Il y a aussi l'artiste, celui qui vient "se mettre en danger" sur le plateau et éprouver véritablement un processus vivant à l'intérieur de lui-même dans le cadre proposée par la scène. Celui-là, quelle est sa fonction ? A quoi sert-il ?

Cette dernière catégorie de comédiens est évidemment celle que je défends et il me semblait capitale de comprendre sa fonction. Ne serait-ce que pour la défendre ensuite auprès de ceux qui refusent de comprendre l'importance réelle de la création artistique.

Aujourd'hui, je crois que le comédien est un porte-parole mais qu'il ne la porte pas simplement en la disant sur le plateau (il n'est pas un émissaire ou un ambassadeur de l'auteur), non, il est celui qui vient éprouver avec son corps, sa voix et son âme l'endroit de vérité brûlante que propose l'auteur.
Il vient vivre l'expérience réelle proposée par la fiction de l'auteur, il vient la vivre devant les spectateurs et c'est cela sa fonction : vivre l'expérience pour nous, nous la montrer, parce que les mots sont forcément en dessous de la réalité vécue et vue et partagée.
C'est en cela que le comédien se met en danger, c'est aussi en cela que le metteur en scène a une responsabilité énorme dans la façon dont il tiendra toujours la main de son comédien quel que soit l'endroit de ténèbre intérieure dans lequel il lui demande de plonger.
Le comédien est celui qui parcourt, le temps d'une représentation, le chemin interdit des passions et des questionnements existentiels, ce chemin que la vie quotidienne empêche de fréquenter régulièrement, il le parcourt devant nous pour que nous n'ayons pas à le faire, parce que nous n'en avons pas le temps ou la possibilité. Il sert d'exemple, en quelque sorte.
Bien sûr, il s'y brûle, mais comme en alchimie il y gagne aussi quelque chose à la mesure de ce qu'il brûle de lui-même : il y gagne l'expérience, la connaissance de la vie et avance donc nécessairement vers la sagesse et une forme d'apaisement intérieur.



par Vincent publié dans : et-soudain-plus-rien
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24h d'une femme sensible


Le prochain projet de la Compagnie

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