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Images Aléatoires



Depuis dimanche, je me demande si je vais ou non publier cet article.

Je finis par consentir à le faire, après avoir lu La réalité de la réalité de Paul Watzlawick, un essai sur l'impossibilité à englober la réalité sous une seule définition puisque la perception de la réalité est liée à nos sens et qu'en conséquence cette perception ne peut qu'être une pure subjectivité.
Dans cet ouvrage centré sur la communication entre êtres humains, une expérience pratique de communication est racontée. Elle a eu lieu dans le cadre de recherches théoriques visant à comprendre dans quelle mesure nous remettions en cause notre propre jugement d'une réalité. Et les résultats sont édifiants : si nous avons formé un jugement certain sur la base d'une perception de nos sens (en l'occurrence dans l'expérience l'égalité entre deux segments, mesurée à vue de nez), dans 40% des cas, nous changerons de jugement si nous sommes seuls à défendre notre point de vue contre un groupe affirmant unanimement autre chose. Et cela quand bien même nous aurions raison ! Dans 40% des cas, nous préférons accepter la réalité - même erronée - si elle est celle que perçoit le plus grand nombre...

Cela ne justifie pas le point de vue que je vais défendre dans cet article, cela explique simplement pourquoi j'ai d'abord pensé ne pas proposer cet article, pour ne pas encore me rebeller contre un spectacle que j'ai vu dimanche, que le public a semble-t-il adoré à en croire les "bravos !", les gens debouts applaudissant à tout rompre, etc... et au cours duquel je n'ai cessé, moi, de me dire qu'il était impossible que le théâtre soit aussi mort que cela. A force d'être dans cette position de celui qui ne perçoit pas la même réalité que les autres personnes du public, on finit par croire qu'on se trompe. Et c'est là que cette expérience racontée dans La réalité de la réalité vient relancer mes espoirs.
Peut-être que je ne me trompe pas.
Peut-être que ma perception est juste, et qu'il faut en tirer les conséquences, comme j'essaie parfois de le faire dans les lignes de ce blog.
Peut-être que la solitude de cette perception n'est pas celle de l'égaré mais du clairvoyant...

Dois-je citer le nom du spectacle que j'ai vu ? Oui.
Il s'agit de Minetti de thomas Bernhard, mis en scène par Gerold Schumann, au théâtre de l'Athénée.
Il y aurait déjà matière à un article entier rien qu'à s'interroger sur le sens de "mise en scène". Pas forcément dans ce spectacle-là, mais aussi dans ce spectacle-là.
Je ne veux pas jeter la responsabilité sur le comédien principal ou sur le metteur en scène, sans doute partagent ils une même vision du théâtre, une vision que le public partage sans doute aussi : le théâtre, c'est un texte dit sur une scène pendant un certain temps. Cette diction a ses codes, ses normes et surtout sa musicalité. Le texte est une partition musicale que le comédien parcourt avec force effets de voix et de corps (ruptures, appuis sur cetaines mots, certaines expressions, temporisation, ralentissement de certaines syllabes, accélération sur d'autres, etc.) histoire de ne pas sombrer dans la monotonie d'une musique qui nous assoupirait. pourquoi alors ne pas carrément jouer du pipeau ? Excusez-moi.
Pourquoi ne pas aller voir un concert, si c'est cela. Je verrai alors, non seulement une maîtrise technique, mais une sensibilité qui s'empare de cette virtuosité technique pour la rendre vivante. Parce que, dans le cas de la musique, l'instrument n'est pas l'instrumentiste.
Je ne veux pas d'un théâtre mort. D'une musique textuelle donnée chaque soir de la même manière et que les amateurs écoutent, les yeux fermés, avec un frisson le long de leur organe auditif. Je ne veux pas d'un théâtre radiophonique sur scène. Un théâtre du dire/chantonné/proféré/scandé que le "metteur en scène" met en image grâce aux moyens financiers des subventions reçues pour faire frémir les adorateurs des Belles Lettres. Je le répète : ce théâtre-là ne peut jamais justifier qu'on dise que le théâtre est un art vivant ! Non, ce théâtre est un théâtre mort, rien ne se passe sur scène qui ne soit prévisible (la vie est-elle prévisible ?), rien ne s'y passe de surprenant (la vie n'est-elle pas surprenante ?) ! Toute intonation y est clichée ! Tout est stéréotypé ! Mais tout est tellement bien dit que le public, à la fin, ravi d'avoir bien entendu le texte qu'il avait - avant cela - bien lu, frappe fort dans ses mains pour célébrer le fait d'avoir entendu excatement ce qu'il voulait entendre, comme il voulait l'entendre, avec un petit bonus : c'est la présence d'un acteur qui a sa petite ou grande notoriété et qu'on pourra se gargariser d'avoir vu en vrai.

Au delà du degré zéro de l'art, de la création, et de l'originalité, au délà de la colère de ne pas voir l'oeuvre d'un artiste offrant un point de vue original sur une oeuvre, il y a d'une part le même phénomène : la plaquette - somptueuse de communication réussie - nous livre une analyse pertinente et totalement littéraire, intellectuelle et universitaire du metteur en scène mais qui n'a aucun lien avec l'objet scénique proposé (un peu comme dans le mauvais art contemporain où il faut avoir lu la notice longue et complexe pour comprendre l'oeuvre proposée à nos sens, et où cette même notice nous explique comment il faut regarder et ce qu'il faut comprendre...).
Et d'autre part, il y a la passivité et la bêtise du public. Une bêtise qui s'abreuve des clichés les plus resistants, qui se saoule des idées sur le théâtre d'un autre âge, celui du XVIIè siècle où un acteur empoudré venait déclamer face public des alexandrins baroques que les effets de voix faisaient claquer dans l'air. Le public a une vision erronée du théâtre, il réclame cette vision erronnée et chacun se complaît dans cette célébration morte et mortifère, et somnifère d'un semblant d'art sans âme.

Il faut d'urgence des artistes et des poètes pour venir déchirer les voiles qui obscurcissent la vue d'un public qui vient aujourd'hui au théâtre s'énivrer de génie littéraire et qui a oublié depuis longtemps que ce à quoi il venait assister c'était la démonstration permanente de l'humanité de l'Homme dans toute son intensité.
Un nouveau spectacle est en cours de création.
Il aura lieu à l'Ecume, qui, sans hésiter, accueille nos créations et mériterait un soutien de la ville de Paris pour l'aide apportée à la jeune création théâtrale !

Au départ, Cyrielle, qui a joué Pourquoi pas moi pendant deux ans avec un succès sans cesse renouvelé, propose à Mélanie, une nouvelle recrue de En Compagnie des Hommes, de s'emparer de textes que j'ai écrits au cours des dernières années, et d'essayer d'en faire un spectacle.
Une première répétition a lieu, puis une seconde à laquelle j'assiste par hasard. Evidemment mon imaginaire est titillé par ces deux comédiennes travaillant sur mes textes... Et soudain tout devient clair : je dois leur écrire quelque chose ! Quelque chose de nouveau, qui n'appartiendrait qu'à elles, et que je pourrai leur faire répéter et jouer à l'Ecume dès que possible.
Et nous voilà partis, tous les trois, depuis quelques jours, sur les voies de la création théâtrales. Quelle joie que d'écrire pour des comédiennes contemporaines ! Quel plaisir de retrouver l'écriture, et que cette écriture soit liée au jeu, directement et simplement, à l'envie des comédiennes d'aller sur le plateau et de dire des choses d'aujourd'hui.

Nous abordons un thème dont nous espérons qu'il touchera tout le monde : la perception de la réalité.

Depuis une bonne centaine d'années déjà, la physique contemporaine a montré les limites de nos perceptions pour appréhender le réel. Einstein a démontré dès 1905, que l'écoulement du temps n'était pas une donnée absolue mais un paramètre relatif au référentiel d'étude. Schrodinger, en jetant les bases de la mécanique quantique, a ouvert la voie à une nouvelle vision de la matière, où celle-ci n'est plus stable et évidente mais composée de particules dont les comportements restent insaisissables. Alors, qu'est-ce qui est réel de ce que nous avons sous nos yeux et qui nous parait si évident ?

Aujourd'hui que l'image est partout, que les atrocités des guerres, des mutilations, des catastrophes, nous parviennent sur nos écrans télé et sur internet, paradoxalement, nous avons du mal à comprendre que ces images sont la réalité, une réalité de peuples vivants à des centaines de kilomètres et souffrants. Si nous comprenions que c'est bien la réalité, il y aurait nécessairement une forme de prise de consience globale qui nous ferait réagir, un éveil spirituel qui entreprendrait d'éviter que ces guerres recommencent encore. Mais non. Et l'histoire se répète inlassablement. Alors que nous sommes prévenus.
C'est donc bien que notre perception de la réalité est mise à mal.

Or le théâtre et le métier de comédien jouent sans cesse avec cette limite floue et fluctuante entre fiction et réalité. Le comédien se retrouve donc en permanence soumis à cette contradiction : il joue une fiction devant un public (,qui au fond sait bien que c'est une fiction) mais pour que le public croit à cette fiction, pendant le temps de la représentation, le comédien doit lui-même y croire comme si elle était vraie. D'ailleurs, il éprouve de vraies émotions, dit des mots avec sa vraie bouche, utilise sa vraie voix, meut son vrai corps, le serre contre celui de son partenaire, un vrai être humain, sue pour de vrai, etc... et tout cela pour une histoire qui est fausse, fictive...
Le faux engendre le vrai.
Le fictif devient réel.

Avec ce nouveau spectacle, nous espérons, devant vous, rendre vivante et joyeuse la complexité du réel, et vous embarquer dans une expérience a-normale où deux comédiennes s'interrogent et résolvent les contradictions de l'existence. Rien que ça !

Un petit extrait, pour le plaisir :


Mélanie : (...) Parce que maintenant nous devons aller jusqu’au bout de cette aventure pour comprendre ce qui nous arrive, et nous devons dire toute la vérité sur nous. Que les obsédés se calment, il n’y aura pas de quizz pour savoir quelle culotte on met, avec qui on dort, non, non, non. Il s’agit d’une vérité existentielle. Voilà, c’est ça, existentielle.

 

Cyrielle : Toi, si tu veux faire partir tout le monde tu t’y prends super bien. Ça donne envie ça : un spectacle existentiel ! On se dit souvent, comme ça, à table, entre deux bouchées : "tiens chéri, ce soir, j’irai bien voir un spectacle existentiel. - Ah ben ça tombe bien, il y en a justement un à l’Ecume. - Ah ben super, allons-y, éteins TF1 et dépêchons-nous !"

 

Mélanie : On ne se le dit peut-être pas souvent mais ce n’est pas pour ça que c’est une mauvaise idée. Peut-être que les gens vont aimer, après tout.





"Pour moi, une "crise spirituelle"  est toujours un signe de santé. Elle est une tentative de se retrouver soi-même, d'acquérir une foi nouvelle. Elle est le lot de tous ceux qui se posent des problèmes d'ordre spirituel. L'âme recherche l'harmonie, or la vie est remplie de dissonances : cet écartelèment est le stimulant du mouvement, la source à la fois de notre douleur et de notre espérance."



"Au regard de l'expérience spirituelle de l'homme, ce qui a pu arriver à un seul hier soir a le même degré de signification que ce qui a pu arriver à l'humanité il y a un millénaire."



"L'artiste tend à perturber la stabilité d'une société au nom de l'élan vers l'idéal. La société aspire à la stabilité, l'artiste à l'infini. L'artiste est concerné par la vérité absolue. C'est pourquoi il regarde en avant, et voit certaines choses avant les autres."



Andrei Tarkovski
Dans les conditons de concurrence du cinéma commercial, le réalisateur doit être conscient de sa particulière responsabilité devant le public.
Je veux dire par là que les films commerciaux les plus invraisemblables et affligeants, du fait de l'impact spécifique que le cinéma a sur le public (cette tendance à identifier l'écran avec la vie), peuvent avoir une influence tout aussi magique sur le spectateur naïf et peu critique qu'un film de qualité peut en avoir sur le spectateur averti.

Cependant, il y a une différence de taille, et elle est tragique.

Si l'art éveille chez le public l'émotion et la réflexion, le cinéma de masse, compte tenu de son effet facile et irrésistible, éteint irrévocablement tout ce qui peut rester de pensée et de sentiment.

Et ceux qui ne ressentent plus un besoin de beauté et de spiritualité, ne font plus dès lors que consommer des films comme des bouteilles de Coca-Cola...


Andrei Tarkovski





Pour être libre, il suffit de l'être, sans en demander l'autorisation à personne. Il faut se faire une hypothèse sur son propre destin et s'y tenir, sans se soumettre ni céder aux circonstances.
Une telle liberté exige de l'homme de véritables ressources intérieures, un niveau élevé de conscience individuelle, et le sens de la responsabilité devant lui-même et par là devant les autres.

La tragédie est hélas que nous ne savons pas être libres.
Nous réclamons la liberté qui doit coûter à l'autre mais sans rien lui abandonner en échange, voyant déjà là comme une entrave à nos libertés et à nos droits individuels. Nous sommes tous caractérisés aujourd'hui par un extraordinaire égoïsme.

Or ce n'est pas cela la liberté.

La liberté signifie plutôt apprendre à ne rien demander à la vie ni à ceux qui nous entourent, à être exigeant envers soi-même et généreux envers les autres.


Andrei Tarkovski




L'art est par nature aristocratique, et son effet sur l'auditoire naturellement sélectif. C'est que son influence, même dans ses manifestations "collectives" comme le théâtre ou le cinéma, est liée aux émotions secrètes de chacun de ceux qui entrent en contact avec l'oeuvre.
Et plus un individu est bouleversé par ces émotions, plus l'importance de cette oeuvre est grande dans son expérience personnelle.


La nature aristocratique de l'art ne délie cependant pas l'artiste de la question de sa responsabilité devant l'auditoire, et même devant l'homme en général.
Au contraire !
Avec sa conscience particulière qu'il a du temps et du monde dans lesquels il vit, l'artiste devient la voix de ceux qui ne peuvent formuler ni exprimer leur vision de la réalité. En ce sens, l'artiste est effectivement la voix du peuple. Appelé à servir son propre talent, il sert par là son peuple.

Aussi, je ne comprends pas du tout le problème de l'artiste "libre" ou "non libre". L'artiste n'est jamais libre, personne n'est même moins libre que l'artiste, parce qu'il est enchaîné à son don, à sa vocation, à son service envers les autres.



Andrei Tarkovski
Tout art, bien sûr, est artificiel. Il ne fait que symboliser la vérité. C'est une évidence. Mais l'artifice qui vient en réalité d'un manque de savoir-faire, d'un manque de professionnalisme, ne peut passer pour un style. Quand l'exagération ne vient pas de la nature même de l'image, mais du souci exagéré de plaire, elle ne peut être qu'une marque de provincialisme, dénotant une volonté obstinée de se faire remarquer comme artiste. Il s'agit de respecter le spectateur, sa dignité, de ne pas lui souffler dans la figure... même les chiens et les chats n'aiment pas ça !

Il en va aussi de la confiance envers le public. Le spectateur est une notion idéale, où il ne s'agit pas de chaque personne assise dans une salle de cinéma. L'artiste rêve toujours d'être totalement compris, bien que souvent il ne puisse communiquer qu'une fraction de ce qu'il voudrait. Mais il ne doit pas s'en préoccuper outre mesure. La seule chose qui doit rester toujours présente à son esprit est sa sincérité dans l'expression de son idée. On dit parfois aux acteurs qu'il faut "apporter l'idée". Et l'acteur, obéissant, "apporte" l'idée, sacrifiant à la vérité de son image. Mais quel manque de confiance dans le spectateur ! (Même s'il y a là un désir de l'aider.)



Andrei Tarkovski
Bien trop de temps a passé depuis mon dernier article mais c'est bien malgré moi que je n'ai rien écrit depuis si longtemps...

Au jourd'hui que tout semble reprendre un cours normal autour de moi, mes pensées vont de nouveau vers les projets éventuels, les envies d'écriture, la mise en place de l'année à venir, et la rédaction de ce blog !

J'en dirai plus au fur et à mesure que mes idées s'éclaircissent mais un élan nouveau me pousse maintenant vers l'avant...


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