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Images Aléatoires

Et voilà ce que je vois pour la première fois et qui me touche : l'édition de mon nom dans La Terrasse pour la première fois !

 

C'est ici lié avec ce que je fais avec les chorégraphes et danseurs de hip hop mais j'espère que ça laisse entendre et que ça ouvre aussi ce que je fais auprès d'Ars en scène une école de théâtre dans laquelle j'exerce un travail profond de transmission du même ordre.

 

 

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Pourquoi je fais du théâtre ?

 

Parce que je crois au groupe, au collectif, à l'image de plusieurs coeurs dans un même corps.

 

Parce qu'autour d'un texte, on se retrouve, on se découvre, on se découvre commun, humain, similaire, et le texte nous offre un endroit de rencontre inédit, original, organique plus haut et plus grand que ce que d'habitude nous avons l'occasion de vivre au quotidien, plus noble que nous-mêmes et que nous rencontrant dans cet endroit extraordinaire, nous grandissons, ensemble et individuellement.

 

Nous grandissons.

 

Notre âme, notre esprit, notre corps, tout cela qui nous constitue traverse une expérience proposée par un auteur qui ne s'est pas contenté d'écrire des mots, selon des rythmes, non, c'est du théâtre qu'il a écrit.

 

Alors pourquoi je fais du théâtre ?

Parce qu'il me paraît essentiel que la vie soit transmise, partagée.

La vie c'est ce qui bat au coeur même des textes proposés, parce que le théâtre, c'est avant tout le vivant, le spectacle vivant et ce vivant n'est pas une imitation du vivant mais une véritable incarnation du vivant, c'est aussi cela être véritablement un artiste, c'est y mettre son énergie, son regard sur le monde, et faire vivre tout cela progressivement - ce sont cela les répétitions - protégé par l'auteur, par le metteur en scène bienveillant.

 

Pourquoi je fais du théâtre ?

Pour rompre la solitude immanente à la condition humaine.

A la fois dans le travail avec les autres acteurs, mes amis, mes frères, mais aussi avec les spectateurs, nos semblables, auxquels on vient ensuite offrir le fruit et les fleurs de notre travail, de notre parcours, de notre vie, sans tricherie et sans artifices.

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Alors, chacun pour soi ?

 

Alors, faire du théâtre c'est se mettre en avant, soi, son image ?

 

Alors seulement l'artifice, la voix, cela suffit ? Pour quoi ? Pourquoi ?

 

Qu'est-ce qu'on partage ? Avec qui dans ces conditions-là ? Quelle humanité ? Celle de l'ego ? De l'ego surpuissant qui se montre, qui nargue devant la lumière, qui croit partager parce qu'il dit un texte en faisant semblant ?

Disant ce texte il croit respecter l'auteur ?

 

Comment peut-il croire que respecter l'auteur c'est uniquement dire son texte ?

 

Un auteur de théâtre ne propose-t-il que des mots sur du papier, des mots qu'il suffit de dire ?

 

Et le partenaire ?

Et le groupe ?

Et le vivant ?

 

Alors c'est s'inscrire à un stage collectif et ensuite travailler individuellement, pour soi, pour travailler uniquement le parcours d'un rôle qu'on a choisi ?

 

Je le répète : Et le partenaire ? Et le groupe ? Et le vivant ?

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Proposition de travail 

 

Qu’il s’agisse d’un solo ou d’une pièce de groupe, le principe de travail est d’y poser un regard différent, celui non pas d’un chorégraphe mais celui d’un metteur en scène.

 

Le metteur en scène lit et déchiffre la mise en espace, la danse et le sens qu’elle cherche à développer, sur la base de ce que le danseur et le chorégraphe veulent signifier.

 

Il s’agit alors de réfléchir ensemble, au sein de cette masterclass, sur les outils à mettre en œuvre pour clarifier ou densifier le propos, parler de ce qu’est un spectacle vivant et comment rendre vivant ce qui devient trop souvent mécanique, aborder – pourquoi pas ? – les bases de l’art dramatique qui permettent de revenir à soi, à sa personnalité scénique, et de proposer sur scène quelque chose de plus original que les clichés qu’on possède tous et dont on voudrait se débarrasser.

 

Cette masterclass sera essentiellement orientée vers la pratique, le travail concret sur le plateau : chaque chorégraphe/danseur proposera un extrait ou l’intégralité de son solo ou de sa pièce de groupe, expliquera ses intentions au sujet de ce projet, et sur la base de la proposition nous discuterons des modifications, des améliorations que le regard de metteur en scène et ses outils permettront de développer.

 

 

masterclass.jpg

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De la neige !!!

Partout tombant sur Lyon sans discontinuer !

Et l’Ensatt, où nous avons notre lieu de résidence, est au sommet d’une colline qu’il faut grimper, arpenter, escalader (j’en rajoute un peu !) et qui, sous la neige, devient une forteresse dans laquelle trouver refuge.

J’en rajoute un peu car dans la soirée du jeudi, après le travail, je vais choir comme une crêpe sur la glace et me faire très peur… de ces chutes violentes, assorties d’un bruit genre « crack » à l’intérieur de soi et dont on sent l’onde de craquage le long de la colonne vertébrale.

Bref, la neige c’est beau mais le beau est véritablement dangereux, souvenons-nous en !

 

Maintenant, revenons au travail, à son essence et au temps passé ensemble à chercher.

Un temps de résidence, un temps de répétition, c’est avant tout un temps de recherche, d’authentique recherche : l’auteur écrit et propose une pièce et laisse bien des énigmes en chemin, des énigmes dont nous devons nous emparer afin de les résoudre à notre manière.

Il nous faut apporter de la lumière sur des zones d’ombre.

Cette lumière, la faire nôtre.

L’aimer.

La chérir.

La protéger.

C’est une petite flamme vacillante.

Mais progressivement, nous allons réussir à la protéger chaque jour, à la conserver et à la raviver, à la faire grandir pour éclairer plus.

L’œuvre de l’auteur, c’est un big bang possible. Et tout le travail de cette résidence est de faire advenir l’improbable, le statistiquement impossible : la naissance de la vie sur le plateau, le jaillissement du soleil de la création au cœur des acteurs et le choc forgeron de leurs univers respectifs.

 

A la suite de nos passages répétés sur scène, de nos discussions autour des thèmes abordés, de nos retours à la scène pour essayer de nouveau de comprendre, d’approfondir un comportement de l’un, une réaction de l’autre, étape par étape les événements se précisent, les surprises apparaissent, les compréhensions sont des plaisirs permanents.

Juste la fin du monde dévoile ses qualités exceptionnelles d’œuvre universelle – c’est un chef d’œuvre, simplement – et c’est une chance extraordinaire pour nous de travailler ce texte-là.

 

Que faisons-nous, concrètement ?

Nous remplissons, par improvisations successives, nos cœurs, nos âmes et nos mémoires de souvenir collectifs pour donner chair à la famille proposée dans l’œuvre de Jean-Luc Lagarce. Cette famille fictive, littéraire, il faut la faire nôtre, pour en déterminer les liens, les conflits, les rancœurs, les libérations, et que chacune de nos réactions les uns face aux autres soit le plus juste, le plus vrai, le plus intense possible. Que les conflits cessent d’être clichés ou frontaux puisque dans la vie réelle, l’histoire commune des familles impose des masques, des tensions larvées, des passés heureux et des événements vécus chacun à sa façon qui racontent autant d’histoires différentes qu’il y a de membres dans la famille malgré une histoire de la Famille qui se veut et se croit commune et absolue.

Nous inventons cela, oui, tous ensemble.

 

Nous travaillons aussi plus près du texte de Lagarce. Nombreux sont les monologues dans Juste la fin du monde, et ces monologues sont guidés par une pensée, précise, encore informulée que nous cherchons, progressivement, à formuler. D’abord, et au cours de ces premiers jours de résidence, avec nos mots à nous, notre langage habituel, afin de proposer des analogies de pensées, d’images et donc de compréhension. Approcher le personnage, c’est à la fois faire des improvisations pour lui donner sa place dans la fratrie et la famille, mais c’est aussi ciseler sa vision du monde à l’aide des mots qu’il utilise pour formuler sa pensée. Nous partons donc d’abord de nos mots à nous pour nous rapprocher des siens, qui seront toujours – finalement – les plus précis, les mieux adaptés, à formuler et définir ce que ce monologue visait depuis le début de la prise de parole mais conquiert lorsque s’achève cette parole.

Il faut des heures de passage sur scène pour cela. Des heures ensuite de relecture du texte. Et d’incessants allers-retours.

C’est aussi cela notre travail quotidien.

 

Enfin, un travail de situations sur les scènes collectives nous permet de découvrir le fonctionnement intime de chacun au sein des retrouvailles et de ce repas qui s’étale dans le temps de la représentation. Nous essayons bien des circonstances différentes pour comprendre ces scènes proposées par Lagarce, l’auteur. Ce n’est pas comme pour les improvisations où nous sommes libres d’inventer ce qui n’existe pas dans l’œuvre.

Là, dans ces scènes, au contraire, tout existe et parfois nous ne comprenons pas encore ce qui est proposé et ce n’est pas intellectuellement que nous pourrions le comprendre. Alors nous regardons la composition des événements puis nous nous lançons, avec nos instruments d’acteur (cœur, âme, esprit, corps, créativité, fantaisie, etc.) à l’assaut de cette compréhension par l’action, par l’intérieur et cela advient : la compréhension est organique, l’énigme est levée, la scène est trouvée.

 

Vendredi sera off à cause de ma chute verglacée.

Mais déjà samedi nous offrira de beaux moments que j’évoquerai bientôt. Il me semble – et j’ignore pourquoi – important de continuer d’éclaircir ce qu’est notre travail d’acteur qu’on n’évoque que rarement et que j’ai envie de partager avec vous.

 

 

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Qu’il est bon de travailler sur un si beau projet, de rencontrer pour la 1ere fois toute l’équipe des acteurs, et d’initier – du moins je l’espère – l’étincelle de créativité qui prendra ensuite sa forme flamboyante pour brûler haut et fort sur le plateau et au cœur des comédiens.

 

Après un trajet en train, Estelle, Matyas, Mélanie et moi retrouvons Françoise à l’Ensatt, la maison mère, comme j’aime à l’appeler, à Lyon où pour l’instant le climat est plus clément que ce que Paris nous réserve depuis quelques jours !

Cela va nous réserver une surprise dès le lendemain mais là : du soleil, quelques degrés de plus, la salle 107 – salle de répétition parfaite pour ce départ – les retrouvailles aussi avec l’équipe technique de l’école que j’apprécie énormément et qui partage avec moi le plaisir de retrouvailles simples et fugaces, car chacun travaille ici !!!

 

Qu’avons-nous fait ?

C’est quoi une résidence ?

Récemment, on me l’a beaucoup demandé, et je me suis dit que ce blog pourrait permettre de fixer les idées.

Souvent, on pense que le travail de l’acteur c’est d’apprendre le texte et de le réciter, de savoir le réciter sur scène devant des spectateurs.

Souvent les acteurs eux-mêmes finissent par croire que c’est la technique – vocale, corporelle, etc. – qui doit être mis en avant une fois sur scène…

Corrigeons les visions erronées lorsqu’elles le sont et précisons les idées quand elles approchent la vérité de notre travail artistique (et non pas artisanal, alors ça j’y tiens et je me battrai pour le faire entendre et comprendre, surtout à mes collègues comédiens !)

 

Une résidence, c’est un temps donné dans un lieu donné, à un travail de répétition du projet qui réunit une équipe artistique.

Le travail de répétition, lui, dépend de chaque metteur en scène, de sa méthode de travail, de son approche des différents éléments et paramètres qui composent son métier ou son art.

Je vais, quant à moi, essayer de donner une idée simple et accessible de la façon dont je procède et partage avec tous les membres de l’équipe JUSTE LA FIN DU MONDE.

 

JUSTE LA FIN DU MONDE de Jean-Luc Lagarce est une œuvre magnifique et magistrale écrite en 1990 – quelques années avant la mort prématurée de son auteur – dont le sujet aborde plusieurs thèmes en parallèle : l’amour familial, l’humour familial, le rapport à la mort, et les milliards de non-dits accumulés dans une famille et qu’une réunion de ses membres permet de formuler.

La pièce est profonde, délicate, élégante et c’est cela, pour cette première résidence de travail, que je souhaite faire partager à chacun. L’humour, la délicatesse et l’élégance, le plaisir des retrouvailles familiales, là où il serait possible au contraire de faire entendre des reproches, des aigreurs, des non-dits comme des rancœurs à faire éclater, avec éclat ou colère.

Je reste persuadé qu’une œuvre théâtrale est avant tout une célébration de la vie, un hymne au vivant, et que la vie est inventive, mystérieuse, et surprenante.

Mettre en scène une œuvre théâtrale, c’est essayer d’être à la hauteur de la vie et de sa richesse, c’est un processus alchimique qui transforme en or le matériau que propose l’auteur afin que l’aspect lumineux de toute chose jaillisse et soit offert aux spectateurs.

Mort à la mort !

Et merde aux cortèges des artistes de posture qui prétendent que le désespoir est créatif quand il n’est qu’adolescent, ou qui veulent faire peser sur l’humanité - qui ne demande rien - le poids d’expériences tristes d’une vie qu’il rende coupable de leur propre incapacité à savoir regarder, écouter, percevoir l’infinie variété de la beauté du monde, et de la chance de l’existence d’un tel univers.

 

Cela étant dit en passant, le premier jour est là qui réclame notre ardeur au travail.

Allons-y, retroussons nos manches : il s’agira de faire de multiples improvisations sur des thèmes à définir ensemble, que chacun travaille sur le ou les monologues que son personnage traverse à différents moments de la pièce, réfléchir aux différentes situations de départ des scènes collectives (qui réunissent les 5 membres de la famille) et proposer ensuite sur le plateau un moment de théâtre issu de la situation choisie, et tout cela en utilisant ses propres mots et non pas encore ceux de l’auteur.

Nous devons d’abord – et c’est la méthode de travail que j’utilise dans chacun de mes projets – éviter les écueils du théâtre actuel, pour lui redonner vigueur et vivant, les écueils étant liés à l’apprentissage du texte par cœur qui sollicite la mémoire de l’acteur, et la mémoire, en elle-même n’a pas de vertu créative. Elle fixe, de manière mortifère. Et pousse ensuite à la récitation, à la restitution des mots du texte, comme un poème… et un texte de théâtre n’est pas un poème, sinon c’est sous la forme d’une poésie que son auteur l’aurait donné. Or il le propose au théâtre, et c’est cela qu’il faut envisager, et c’est une énigme à résoudre par le corps, le cœur, l’âme du comédien, et tout ce qui fait un homme sur une scène au sein d’un spectacle vivant.

 

Aujourd’hui, déjà, nous nous rencontrons en tant que groupe pour la première fois, et nous évoquons le projet, l’auteur, la pièce, et les tâches proposées pour la semaine à venir. Nous nous entendons bien. Et c’est important. Et c’est un début que je reçois avec plaisir, le plaisir des miracles simples : nous nous entendons bien, maintenant réunis.

Une seconde partie de la séance consiste à travailler sur scène et chacun se lance dans un premier jet du monologue de son personnage (Estelle en a même 2).

Aucune réticence, aucune fausse pudeur, non, des propositions, personnelles et libres, et on entend et on voit l’étonnant, le surprenant du point de vue individuel que chaque comédien donne – grâce à sa personnalité unique – à son personnage.

La méthode de travail pour le monologue réclame une construction particulière et je fais ensuite quelques retours méthodologique (le mot fait peur, hein ?) pour que dès demain nous avancions vers plus de précisions, de force, de profondeur et de surprises nouvelles et intuitives.

 

Aujourd’hui, quelques heures seulement : 13h - 18h30.

C’est court mais il faut aussi découvrir, trouver l’appartement dans lequel chacun de nous est logé, s’y installer, y faire son chez-soi temporaire où se sentir bien. C’est le lieu du repos, de la source, de la régénération avant d’aller sur scène créer, inventer, sublimer.

 

Demain, 11h - 22h.

J’ai hâte.

 

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Dimanche 21 novembre

 

Le 7e jour, Dieu avait décidé de se reposer, d’après de ce que raconte La Bible.

Bon, très bien.

Nous, malgré les mondes – à notre échelle – que nous avons créés, ou tenté de créer, point de repos, pas encore… mais, quand même, tout commence par un brunch !

 

Opulence ! Ripaille ! Joie ! Rires sonores !

Matinée de sucré salé avec vue sur l’océan !

Tablées plus intimistes car chacun se lève à son rythme.

 

Le travail avec Sylvain Levey est prévu à 13h, et cela laisse le temps de retrouver progressivement tout le monde : spectateurs, tous conviés au brunch, artistes, techniciens, bénévoles.

Je me goinfre, non pas de vin, de poésie ou de vertu, mais plutôt de café, de croissant, de bacon et d’œufs brouillés !

Baudelaire serait déçu !

 

Mais les discussions sont calmes, et le plaisir d’être ensemble, tous ensemble, encore un peu, se perçoit dans la lumière du jour.

 

A 13h, Sylvain nous réunit autour de ses textes, et évoque ses désirs de théâtre en lien avec cette future création qui commence à le titiller – de son propre aveu.

Pour l’instant, ce sont les prémisses de cette création, des tentatives, parfois à peine achevées dans le train qui le conduisait à Saint Jean de Luz, qu’il nous propose de lire. Il distribue tout cela au hasard, puisqu’il ne nous connaît pas ou peu, et nous nous lançons à la lecture découverte de textes plus ou moins longs, avec une touche d’humour plus ou moins politisée, et le temps de travail fuit trop vite vers les 15h fatidiques où le public est attendu pour écouter et découvrir à son tour, ce que nous venons de découvrir nous-mêmes !

Le Nouveau Monde vient à peine de se dévoiler à nos yeux, et nous devons déjà le faire visiter comme si nous étions de vieux habitués !

Nous sommes à 15 minutes du début de la lecture quand nous achevons la lecture du dernier texte de Sylvain.

15 minutes pour finir de se préparer.

C’est un peu court, jeune homme. Surtout pour de censément vieux habitués.

 

Alors pour jouer au vieil habitué du Nouveau Monde, je tente de m’isoler pour relire les textes dont j’ai la responsabilité, et réfléchir à un découpage. Je n’aurai pas le temps… il me reste mon intuition, il me reste l’inspiration du moment… et l’espoir que le brunch aura su me donner l’énergie et la fantaisie plutôt que la digestion lourde du pachyderme regagnant sa grotte pour y piquer un petit somme de quelques mois…

 

Comme toujours cette semaine-ci, le miracle se produit.

La lecture commence, et le contact s’établit, simple et chaleureux, avec un public nombreux venu découvrir cet auteur contemporain associé au Théâtre du Rivage pour une aventure excitante en train de naître.

« Avec le vent dans le dos, il nous poussera des ailes » écrit Sylvain Levey dans un texte précédent.

Prémonitoire.

Puisque chacun de nous, à nos endroits de lecture, nos ailes ne sont peut-être pas des ailes de géant, mais ces ailes sont là qui nous font survoler cette lecture comme si le territoire du Nouveau Monde avait déjà été survolé maintes fois.

 

Voilà.

Sylvain semble ravi de la tournure de cette lecture.

Et nous sommes ravis d’avoir bien fait, je crois, ce que nous avions à faire : porter la parole de l’auteur.

 

Alors, pour clore ce festival, il ne reste presque plus de temps… le temps d’un cabaret sauvage, créé, dirigé par Sophie Kastelnik, autour de textes de Sylvain Levey qu’elle a elle-même mis en musique.

45 minutes embarquées dans l’univers musical et secoué de Sophie et ses frères. Et dans lesquelles ils ont regroupé Augustin, Clémentine, Mélanie, Etienne et Lise, autour de chansons à plusieurs voix, et un bordel ludique et merveilleux, une mise en place sensible et judicieuse et une image finale guidée par Mélanie, poussée par le vent qui sépare la troupe dans l’auditorium où s’achève un festival dans sa première édition magnifique.

 

C’est encore dimanche, mais point de repos puisqu’il faut démonter toute l’installation, et les manches se retroussent déjà, et le courage ne manque à personne.

 

 

Comprenez que pour être à la hauteur de cet effort physique, je ne pouvais qu’écrire, écrire et témoigner pour eux, laisser une trace tandis que le démontage efface tout ce qui fut.


Le théâtre est éphémère.


Et nous le savons.


Mais je souhaitais empêcher l’oubli, à ma façon.

Et je vous remercie tous, lecteurs fidèles ou non, car c’est aussi de me savoir lu qui m’a porté, chaque jour où je le pouvais, à livrer mes sensations le plus sincèrement possible.

Et vos compliments m’ont donné l’envie de continuer, et de ne pas changer mon style que parfois je trouvais trop lyrique, ou trop romantique.

J’espère que vos cœurs sont parvenus à battre à l’unisson du mien et de celui de Mélanie, à l’unisson d’En Compagnie des Hommes, et j’y tenais à ce nom de compagnie quand je l’ai fondée, et il prend de plus en plus de sens aujourd’hui avec mes expériences théâtrales, et mes partages littéraires.

 

Il y a mille remerciements à ne pas oublier, des bénévoles jusqu’aux copains, jusqu’aux amis, jusqu’aux coups de cœur en devenir, jusqu’aux coups de pouce et soutiens actuels et à venir : les parents Sangla, les parents Kastelnik, Marek et Sophie, Sylvain, Karin, Augustin, Eve, Claire, Mickael, Aymeric, Etienne, la famille Garat, Douchka, Béa, Marie Iris, Marie Claire, Mamie Lou, etc.

 

 

Ce journal s’achève et le blog continuera.

D’autres élans sont en cours. D’autres projets.

 

 

Ce journal s’achève et c’est d’amour que je vais parler.

Mieux, je n’en dirai rien.

Il y a des noms et des prénoms à citer, qui suffisent à dire que je les aime, peu importe l’ordre : Pascale Daniel Lacombe, Antonin Vulin, Pascal Sangla, Jean-Claude et Geneviève Penchenat, et Mélanie Jaunay, la fulgurance de ma vie.

 

 

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Samedi 20 novembre

 

Ce matin-là, bien sûr, plus rien n’était comme avant.

La semaine n’était pas achevée mais elle semblait avoir duré au-delà de ce qu’une simple semaine offre ordinairement. Nous étions incapables de remettre dans l’ordre de succession de chaque jour, chaque spectacle ou proposition artistique. Ces articles permettent d’y voir un peu clair et de laisser une trace plus durable dans nos mémoires, du moins je l’espère.

J’espère à la fois partager au dehors ce festival unique et fondateur, et rendre au-dedans même du festival ce qu’il a eu de magique et de chronologique.

Et ce matin-là, déjà, je commence à comprendre ce qui est en train de véritablement naître, et s’il est certain que j’insiste beaucoup sur les rencontres artistiques, les partages, les émotions dans mes articles, en filigrane des amitiés si évidentes me traversent le cœur et l’esprit avec une sincérité totale et entière, que je suis chanceux, je crois, d’être là, à ce moment-là.

Il a fallu beaucoup de hasards réalisés, et tous, un par un, chaque jour, se sont réalisés.

C’était impossible.

Et cela a eu lieu.

Et j’étais là, et j’ai tout vu, et j’ai tout vécu.

 

Et le soleil se lève, samedi, sur nos fatigues oubliées. Oubliées car aujourd’hui nous jouons, Mélanie et moi, et cela nous nourrit d’une force et d’une énergie matinale qui nous guident jusqu’au Select pour un filage rapide. Savons-nous que tout ira bien ?

Pourquoi en douterions-nous, en cette fin de semaine parfaite où les hasards promènent toujours les pas des artistes à l’endroit et au temps où ils doivent être…

 

Alors nous voilà très vite à la maison de l’Infante, où deux lectures se succèdent : Etienne Kimes lit un texte de Jack London sur un boxeur qui, à la quarantaine, s’interroge sur le sens de ce qu’il fait, sur le sens du combat, sur la profondeur de l’expérience que procure l’âge et sur la difficulté d’affronter la fougue de la jeunesse. Un texte magnifique.

Et un Etienne Kimes boxant le texte comme son boxeur qu’il incarne de toute la plénitude de sa voix rauque et puissante.

Après cela, la jeune compagnie Le dernier strapontin propose une lecture mise en forme et en espace sur la base de la forme du spectacle même qu’ils sont en train de mettre en scène et c’est Augustin Mulliez, un jeune artiste associé fougueux et rêveur, un bel acteur plein d’enthousiasme, et d’images, et d’envie, dont c’est la proposition. Une introduction toute en musique et vidéo pour nous projeter dans l’univers du personnage de Percolateur blues de l’auteur Fabrice Melquiot et quatre acteurs et actrices s’emploient à nous transporter dans un songe bourré de tonne d’humour et d’amour, et c’est toujours très touchant à voir, à écouter, à percevoir, et nous sommes là, ensemble, et là encore c’est tout l’objet du théâtre, non ?

 

Le temps a filé et Mélanie et moi, qui jouons à 16h, devons manger vite et correctement pour être prêts, sans être en pleine digestion, à l’heure de la représentation.

La table du banquet nous attend et nous y mangeons, et nous en partons pour nous préparer.

 

Cette fois-ci, la forme que nous proposons est un peu différente, plus conforme à une représentation aurais-je tendance à penser.

Bien sûr il y a beaucoup de moments adressés directement au public, mais tout repose sur le cœur même du spectacle, le speed dating, un moment de 7 minutes où Mélanie et moi jouons totalement ensemble pour la première fois. Ces 7 minutes ne sont pas du tout écrites. Pas du tout. Un mince canevas pour la 1ère minute. Et puis advienne que pourra. L’idée, en équilibre sur l’impalpable, c’est l’essence d’une rencontre. Deux personnes qui ne se connaissent pas, comment parviennent-elles à se lier ?

Si tout était écrit, ce serait trop facile, trop évident, trop littéraire.

Alors que là, tout l’objet de ces 7 minutes, chronométrées de l’extérieur par Douchka sans que nous en ayons conscience, tout l’objet c’est de gâcher la 1ère minute, qu’elle serve à séparer ces deux personnes plus qu’à les rapprocher trop évidemment. Et une fois ce fossé des êtres développé suffisamment, voir s’il est encore possible de se rencontrer, de se trouver, et pour cela, les mots ne suffiront pas. Il faudra… il faudra quoi ? C’est toute la question ! Les regards, les sourires, les corps ? De quoi cela est-il fait ?

Et nous, Mélanie et moi, ne devons pas tricher. Pas avec cela. Nous ne voulons pas mettre ce moment en représentation – d’où l’absence de texte et de scénario – nous voulons que les spectateurs perçoivent de l’extérieur ce que nous-mêmes ne percevons peut-être même pas en vivant le moment ensemble. Et à la fin des 7 minutes, nous sommes-nous trouvés ?

Alors seulement nous reprenons le fil du spectacle et des textes écrits pour conclure, devant les spectateurs, autour de ce qui s’est passé, et des espoirs qui sont nés, peut-être, de cette rencontre que les gens ont vue.

C’est un peu audacieux, d’autant que les spectateurs ne sont pas prévenus de l’improvisation de cette rencontre…

Et là encore, les applaudissements sont chaleureux, les retours invraisemblablement délicieux pour Mélanie et moi, le spectacle reçu comme un bonbon et nos cœurs n’en finissent plus de découvrir que notre travail touche, bien au-delà de nos espérances.

 

Pour moi, c’est le moment où, en plus, une amitié à laquelle je crois, se réalise de plus en plus concrètement, à travers un commentaire sincère et simple. Et ça, c’est fort pour moi, parce qu’une amitié – une vraie – a toujours quelque chose de miraculeux à mes yeux.

Et vivre un miracle, je veux bien croire que cela donne l’envie et la nécessité d’en témoigner par écrit comme les évangiles en leur temps.

Compagnon ? Compagnon.

Et que tu me lises ou non, tu le sais.

 

Ensuite ?

Plaisir et détente !

Le Select nous offre un chocolat chaud maison sur lequel Mélanie et moi fantasmons depuis plusieurs jours ! 

 Détente.

Et plaisir.

Et boulot encore un peu, puisque nous devons évoquer ensemble tout ce que nous avons fait, ce qu’il resterait à faire, et notre envie commune de poursuivre ces spectacles ailleurs et encore.

 

Et le temps file…

La compagnie La maison jaune joue à 19h leur création, leur première de cette création : Fando et Lis, de Fernando Arrabal, mis en scène par Aymeric Lecerf et interprété par Mickaël Pinelli, Claire Galopin, Youssef Hadji, Sophie Tzvetan et Denis Ardant.

L’amitié, le théâtre et la joie nous appellent, nous y répondons, et pendant une heure et quart nous découvrons leur travail d’équipe, leur univers léger et sérieux comme celui des enfants, et ce texte que personne ne connaît – et faut-il le dire ? – dont personne ne comprend vraiment le sujet profond. Peu importe !

Les voir sur scène reste un plaisir ! Un grand plaisir ! Et des images se construisent et se développent, une proposition est là, un collectif de jeunes artistes en pleine possession de leurs moyens d’acteurs, de scénographe, de réalisateur sonore et lumière ont mis en plateau ce texte orchestré par un metteur en scène circonspect devant les mots mais allant au bout de son essai.

 

Et la nuit est loin d’être achevée.

 

Un concert attend de prendre son essor à 21h. Un concert sauvage où chacun peut aller prendre la scène pour y entonner tout chant qu’il souhaite partager.

La nuit commence donc, et s’enflamme progressivement, et même si je n’irai pas au bout de cette nuit incandescente, au milieu des chants de chacun, j’écoute, et je découvre, et je ris, et j’adore les quelques chansons que Pascal Sangla – comédien, musicien, auteur, compositeur, interprète – vient jouer au piano.

Si je ne l’avais pas précisé – ingrat que je suis – c’est à lui, Pascal Sangla, que nous devions tous la présence (et pour moi l’inculte, la découverte) de Jean-Claude Penchenat, et la chance de travailler à la lecture d’Audiberti à ses côtés.

Et là, je découvre une touche personnelle de son travail, de son imagination, de son humour… alors que me reste-t-il à faire sinon tomber en amour ?

 

Demain, dimanche, le festival s’achève mais il reste encore du temps à la création puisque Sylvain Levey – auteur contemporain qui sera associé à la prochaine création du Théâtre du Rivage – est arrivé, avec des débuts de propositions de textes que nous travaillerons avec lui et liront ensuite en public dans l’après-midi. Après quoi, un cabaret Kastelnik viendra mettre un point d’orgue et point final au festival des effets-MER.

 

Viens à moi sommeil, redonne moi la force de puiser à ta source comme on boit une eau claire.

 

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